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« Accepter un don de gamètes, c’est accepter un deuil » : l’éclairage de Déborah Schouhmann-Antonio

Déborah Schouhmann-Antonio sur le don de gamètes PMA

Thérapeute spécialiste de la périnatalité, Déborah Schouhmann-Antonio accompagne des couples et des femmes en parcours PMA depuis plus de 12 ans. Parmi les thématiques sensibles abordées avec ses patients : le don de gamètes. Porteur d’un nouvel espoir, le recours au don implique également une vague de questions intimes et fondamentales sur la parentalité et la famille. La thérapeute nous apporte ses éclairages.

 

Bonjour Déborah Schouhmann-Antonio, quel est votre parcours pour accompagner les patients en  Procréation Médicalement Assistée (PMA) ?

Formée à la psychologie, à la thérapie familiale et de couple et à la sexothérapie,  je suis spécialisée en périnatalité pour accompagner les patients en situation d’infertilité. J’exerce notamment au centre PMA de l’Hôpital Américain à Neuilly.

Activement engagée dans la santé de la femme, j’ai créé la première Journée de l’Infertilité en France en 2014. Depuis 2022, j’œuvre aux côtés de la députée Prisca Thévenot, pour faire bouger les lignes et améliorer la prise en charge des femmes.

Déborah Schouhmann-Antonio thérapeute périnatalité

Le don de gamètes peut être proposé par l’équipe médicale en parcours PMA. C’est souvent un choc. Pourquoi conseillez-vous de prendre son temps avant d’accepter ce recours ?

Le don d’ovocytes ou le don de sperme est une réponse médicale face à une situation médicale. Ce n’est qu’une option médicale proposée, il revient au patient de se poser les bonnes questions pour prendre sa décision. Il est très sain de traverser cette phase de questionnement pour être sûr de son choix, et s’assurer que son enfant n’en souffre pas. 

La PMA avec don représente un double deuil : le deuil de l’enfant conçu naturellement et le deuil de l’enfant conçu avec sa génétique. Il s’agit d’accepter de devenir parent d’une autre manière

Avoir recours au don est d’abord un choix très individuel avant d’être un choix de couple. C’est une décision que l’on ne peut pas accepter uniquement pour faire plaisir à l’autre. Chacun a sa vision de la parentalité. Pour certains, il n’est pas envisageable de faire une croix sur la génétique. Renoncer au don ne veut pas dire renoncer à devenir parent. Cela veut dire dire non à avoir un enfant de cette manière là.

 

Quelles questions est-on invité à se poser avant de s’engager dans cette voie médicale ?

La question majeure porte sur la génétique. Elle représente une barrière inconsciente, lorsque l’enfant provient des propres gamètes des parents. Avec le don, cette barrière de la génétique n’existe pas. On peut se demander si on va aimer son enfant tel qu’il est. Puis-je me dire “Il ne me ressemble pas, il n’est pas comme moi” ? 

Les questions portent alors sur l’enfant que l’on souhaite avoir. Vais-je me retrouver dans le regard de mon enfant bien que la génétique soit différente ? Comment vais-je vivre avec une absence de ressemblance physique ? Serai-je capable de l’aimer ? Il n’y a pas de questions taboues. 

En acceptant le don, on accepte de mettre de côté la génétique. L’enfant ne vous ressemblera pas physiquement mais il vous ressemblera moralement à l’aide de vos valeurs et de votre éducation. 

Famille enfant né par la PMA don de gamètes

Au-delà de la génétique, d’autres éléments peuvent entrer en jeu dans une telle décision de vie, comme le regard des autres, de la famille, des amis.

Il me semble important de trouver des alliés à qui vous pourrez en parler en première intention. Puis, au fur et à mesure, essayer d’être transparent avec tout le monde. Cette forme de transparence démontre que vous êtes en accord avec vous-même. 

À l’avenir, lorsque l’enfant sera là, plus vous serez aligné avec vous-même, plus l’enfant le sera également. Cet enfant n’a pas demandé à venir, il doit sentir que vous êtes pleinement en phase avec votre choix. 

 

 

Comment se construire en tant que mère ou père en ayant recours à un don de gamètes ? 

Tout d’abord, il me semble essentiel d’opérer une distinction entre « être une maman” et « être une mère”. Être une mère, c’est porter un enfant et le mettre au monde. Être une maman, c’est transmettre et aimer. 

Le rôle de la maman fait partie des questions à explorer avant d’accepter le recours au don : pour vous, que veut dire être une maman ? Pour moi, la question de la transmission est centrale : transmettre une histoire, une culture, des valeurs. Cela n’a rien à voir avec la génétique. Notre mission de parents, quelle que soit la manière dont on fait un enfant, est de l’élever, de l’écouter, de le comprendre dans sa différence, de l’armer pour devenir un adulte responsable.

Papa et bébé né par la PMA don de gamètes

La loi bioéthique de 2021 consacre le droit d’accès aux origines pour les personnes nées d’un don de gamètes, à leur majorité. Que permet ce droit d’accès au tiers donneur ? 

Pour le moment, nous avons peu de recul sur cette cette levée de l’anonymat. Je trouve cela très bien que les enfants et les parents puissent avoir des informations sur les donneurs, notamment pour des raisons médicales.

En revanche, ce qui me questionne, c’est ce que vont faire les enfants nés par PMA avec le ou les tiers donneur(s). Il est nécessaire de leur expliquer qu’un donneur n’est pas un parent. Un donneur fait une action altruiste mais il ne porte pas le désir d’enfant. Or, pour être parent, le désir d’enfant est essentiel. 

Ainsi, sans désir initial d’enfant, il n’y a pas d’abandon dans le cadre du don. Nous sommes dans un tout autre cadre que celui de l’adoption. Le donneur n’est pas un parent supplémentaire, c’est un donneur de cellules.

 

Comment aborder le sujet avec les enfants nés d’un don d’ovocytes ou de sperme ? 

Il me semble indispensable d’en parler à l’enfant car cela fait partie de son histoire. Ce don lui appartient pour toute la vie. Plus on lui en aura parlé, plus il l’acceptera et vivra en étant aligné avec son chemin de vie. On ne peut pas apprendre à un enfant à ne pas mentir tout en lui mentant sur sa propre histoire. 

 

La question du bon moment pour en parler est complexe pour les parents. Quand conseillez-vous d’en parler à l’enfant ?

On répond parfois « quand il sera en âge de comprendre ». Mais qu’est-ce que cela signifie ? C’est très subjectif.

Je pense au contraire qu’il faut lui dire dès qu’il est tout petit. Un bébé ne comprend pas les mots en tant que tel, mais il comprend les intentions et les intonations. Je conseille de lui raconter son histoire, notre choix, avec des mots simples. Plus il grandit, plus il est en mesure de comprendre le parcours médical.

Ainsi, on ne parle pas d’une « annonce » à dévoiler un beau jour, puisque l’enfant grandit avec cette histoire tout au long de sa vie. S’il le sait depuis son plus jeune âge, ce qu’il voit est l’amour qu’il reçoit de ses parents. Peu importe le don.

Couple en parcours PMA avec don d'ovocytes

« Tu n’es pas mon parent » : on peut craindre de telles paroles de l’enfant à un certain âge. Comment s’y préparer et réagir ? 

Dans n’importe quelle famille, l’enfant finit toujours par rêver d’autres parents, des parents d’un ami par exemple, qui ont l’air plus gentils que les siens. Ils décident de rejeter leurs parents pour se mettre à distance. Cela fait partie du processus normal d’évolution et de construction de l’enfant.

Lorsque ce processus est vécu par un enfant né d’un don, il souhaite souvent retrouver ses parents génétiques. Tâchons de replacer le contexte et d’expliquer à l’enfant que si le donneur a donné une cellule, il n’a pas eu le désir de l’avoir.  Ses parents ne sont peut-être pas ses parents génétiques, mais ce sont ceux qui l’ont éduqué et qui lui ont transmis des valeurs.

Plus nous sommes transparents avec l’enfant en amont, plus cette situation sera vécue comme n’importe quel parent.

 

 

Quels sont vos conseils pour les personnes qui rentrent dans ce parcours de don d’ovocytes ou de sperme dans le cadre d’une PMA ? 

Beaucoup de questions médicales méritent d’être abordées avec le gynécologue. Je pense notamment aux questions sur l’épigénétique qui sont des questions techniques pour comprendre le sujet et ce qu’il va se passer dans son corps.

Posez toutes vos questions, écrivez-les, elles ont toutes un sens. Les réponses viendront au fur et à mesure. Le temps joue également un rôle primordial car différentes phases vont être traversées, comme pour tout processus de deuil. Lorsque l’on veut un enfant, généralement on le veut rapidement, mais cette démarche demande du temps pour prendre la meilleure décision, en pleine conscience.

Au terme de cette réflexion, vous prendrez la meilleure décision pour vous-même et  pour l’enfant.

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